« La galerie de portraits de voyage » est un programme qui, de temps en temps, mettra en lumière d'autres voix que la mienne le long de cette marche de 21 000 km qu'est « Out of Eden Walk. »
Aucun de nous ne parcourt la Terre seul.
Certes, le projet « Out of Eden Walk » est un concept de marche en solitaire. Je reconstitue, sans l'aide d'une équipe de logisticiens de terrain, le parcours de nos ancêtres africains qui ont découvert le monde à l'âge de pierre.
Mais j’espère qu'il est maintenant évident que je suis rarement seul. J'aime marcher avec les gens du coin. Ils sont mes guides. Ils deviennent ma famille. La plupart d'entre eux sont, à part entière, des âmes audacieuses et créatives. (Qui d'autre dirait « oui » si on lui proposait de quitter sa vie quotidienne pour traverser son pays d'origine en compagnie d'un étranger ?)
Nous avons lancé « la galerie de portraits de voyage » pour faire entendre la voix de mes compagnons de marche : des photographes, des chanteurs, des conteurs et des artistes qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à mener ce long trek vers l’horizon suivant. Certains de ces covoyageurs apparaissent comme des personnages dans mes articles. D'autres travaillent en coulisses. Tous ont leur propre vision de la vie à partager.
Ce deuxième volet de « la galerie de portraits de voyage » concerne la Géorgie, où j'ai passé des mois à attendre que des problèmes de météo et de visas se dénouent avant de lancer la phase suivante du voyage en Asie centrale.
En Géorgie, j'ai marché avec Ana Jegnaradze pendant une semaine.
Jegnaradze nous a rejoint mon guide principal, Dima Bit-Suleiman, et moi dans les prairies désolées des régions frontalières du sud du pays. Son choix de parcours était délibéré. Jegnaradze est une réalisatrice de documentaires. Avec sa partenaire Marita Tevzadze, elle est en train de produire une série de vidéos sur les villages frontaliers de la Géorgie. Leur projet multimédia « Brink » est un examen sans concessions de la vie rurale dans le Caucase, un carrefour du monde souvent déchiré par de douloureuses frontières. Leur excellent travail est maintenant diffusé à la télévision nationale géorgienne. Bien que produit en géorgien, le regard sensible et le sens de l’observation des deux artistes ne nécessitent que peu de traduction : à l’heure d'une planète globalisée et bruyante, elles témoignent d'un monde plus silencieux, en voie de disparition :
Nino Akhobadze est peintre et photographe.
Akhobadze, qui travaille à l'école internationale de design de Tbilissi, m'a accompagné pour une randonnée dans les montagnes de la Géorgie orientale, où je suis allé écrire sur le rôle équilibrantde la poésie dans leur tumultueuse histoire nationale. Ses photos (dans le diaporama ci-dessus) sont des exemples de la luxuriante mosaïque issue d'un univers privé et parallèle. Elle refaçonne les aires de la vie urbaine ordinaire en facettes d'une beauté étrange et surprenante. C'est une miniaturiste qui nous ensorcèle parses photographies de murs écaillés, de cieux des villes décryptés et de rues pluvieuses baignées de couleurs sous les voitures.
Patrick Wellever et Amy Bucci, rédacteurs du National Geographic, ont aidé à sélectionner les œuvres de ces conteurs et compagnons de route.
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Ana Jegnaradze et Marita Tevzadze
C’était au kilomètre 24, ce jour-là, que nous avons finalement vu le village d’Udabno (« désert ») dans une plaine herbeuse du sud de la Géorgie. Nous avons commencé par cueillir des champignons pour le souper avant d'entrer dans le village. Tous mes efforts pour me baisser et cueillir des champignons étaient une épreuve pour mes genoux — c'était le troisième jour de mon trek d'une semaine de la ville de Roustavi à Sighnaghi, de l' « Out of Eden Walk. » Ce soir-là, pour le souper nous n’avons pas eu de champignons, mais seulement de la soupe à la citrouille. Les vents violents ont détruit toutes les portes et fenêtres rafistolées de l'hôtel géré par un Polonais où nous séjournions. Le cuisinier ne savait pas comment préparer le produit de notre cueillette. Je me souviendrai toute ma vie de ces champignons là.
Deux mois plus tard, par une autre journée ensoleillée, ma collègue cinéaste Marita Tevzadze et moi sommes retournés au village d’Udabno pour commencer à travailler sur un nouveau projet de documentaire intitulé « Brink. » Le personnel de l'hôtel polonais se souvenait à peine de la nuit venteuse pendant laquelle j'avais séjourné là. Et bien sûr, ils ne savaient pas ce qu'étaient devenus ces champignons non consommés. C’est peut-être la marche qui rend mes souvenirs de cette cueillette si présents, et qui a rendu cette nuit venteuse mémorable.
« Brink » est une série d'histoires sur des villages le long des frontières et des zones occupées de la Géorgie. Nous parlons de lieux, de gens et de choses sur différents supports : vidéos, photos, voix, gifs, vieilles histoires. Nous essayons de décrire les personnes que nous rencontrons et de nos échanges lorsque nous arrivons quelquepart.
Notre premier reportage vidéo porte sur l’hôtel polonais qui a perdu toutes ses portes aux couleurs vives par une nuit venteuse d' « Out of Eden Walk. »
Nino Akhobadze
Prendre des photos m'intéresse. J'aime trouver l'inhabituel dans l'habituel. Certaines personnes pensent que mes photos ressemblent à des peintures. C'est peut-être parce que je porte une attention particulière aux couleurs et aux formes. Je construis mes images en faisant des liens entre des sujets et des surfaces très différentes. Une grande partie de mon processus est spontané. Rencontrer Paul était comme ça — une rencontre fortuite. Nous avons marché avec des amis dans les montagnes du Pshave de la Géorgie orientale.
Dans mes photographies, le réalisme ne m’intéresse pas. J'aime capturer des fragments. Je choisis de petits détails qui peuvent en dire plus sur un objet ou une scène qu'un panorama entier. J'aime que mes images soient difficiles à comprendre au premier abord. La vie peut souvent être comme ça. Vous trouverez la beauté dans tout ! Vous devez seulement regarder attentivement. Je photographie ce que je vois.
