Paul Salopek retrace sur la panète, le chemin des premiers humains de l'Age de Pierre hors de l'Afrique. Sa randonnée de 34,000 kilomètres contigus "Hors de l'Eden" est rapportée en une série de dépêches.
Le ferry en provenance de Bakou, en Azerbaïdjan a abordé le rivage crayeux du Kazakhstan,
Vingt-huit Turques et Kazakhs en sont descendus d'un pas hésitant sur la passerelle rouillée. Ce sont des hommes rudes avec le ventre mou des routiers - les marchands modernes de la Route de la Soie. Leurs chameaux sont des vieux camions Renault, Volvo, et Mercédès qui transportent des tonnes de poulet congelé, des cuvettes de toilette en porcelaine, du matériel pour l'industrie pétrolière, et des tomates vertes. Comme ils ont fait la bringue la veille à bord, nos routiers ont l'œil brouillé. Papiers en main, ils se soumettent docilement à l'inspection d'une grande douanière Kazakhe qui sait comment les intimider en les affrontant du regard.
Les premières personnes qui m'ont accueilli en Asie Centrale ont été:
un gendarme en civil, très sympathique qui insistait ne pas être de la police.
Un jeune ingénieur logiciel qui m'a remis une SIM card avec des bons numéros.
Et la patrone d'un restaurant - l'amie de l'amie d'une amie - qui m'a fait un gâteau avec "Joyeux Noël" en glaçage rouge, en souriant soucieusement. Le baril de pétrole, la richesse principale du Kazakhstan est passé à moins de 34 Euros. Le nouvel hôtel de la ville, un "Holiday Inn" arbore une pancarte "à louer". Tout comme au North Dakota et en Arabie Séoudite, le commerce souffre.
The Caspian laps the shores of Central Asia, a new boundary in the world walk.
Paul Salopek
Une fois débarqué au port de Aktaou, au Kazakhstan, on se retrouve dans un paysage complètement différent du Caucase escarpé.
Le pays est raboté plat et couvert d'un océan d'herbe pliée sous le vent. (Je vais marcher à travers de cette fourrure de chlorophylle poussièreuse pendant presque 2,800 kilomètres jusqu'aux montagnes du Tien Shan au Kyrgyzstan.) Les autochtones ont les yeux bridés des Asiatiques. Le couvercle du ventre de l'Asie est un ciel dur et du blue pâle des porcelaines Chinoises.
Aktaou n'existait pas avant 1958.
Mariam-apa, the keeper of an underground mosque in remote Mangystau.
Paul Salopek
Dans les plaines environnantes on trouve des roches sculptées, témoins des vagues d'émigrations à travers les âges - les premiers Scythes, Turkmènes, nomades Adaïs, colons Russes de la Russie Impériale. Les plus anciens pétroglyphes décrivent de la nourriture: des mouflons et des gazelles. En même temps, près de mon appartement - juste après le magasin Arménien et l'immeuble où logent des travailleurs de l'industrie pétrolière Kazakhs, Russes, Tchètchènes, Azerbaïdjanais et Anglais - un snack-bar qui s'appelle le "Pit-Burger" joue en permanence une vidéo d'Américains bedonnants rôtissant des tonnes de viande au barbecue. Le patron vient de l'Ukraine. Il fait des prouesses d'acrobaties de barman. Je vais me plaire ici.
