Paul Salopek marche sur les pas des premiers humains qui ont émigré de l'Afrique à l'Age de Pierre. Son épopée ininterrompue de 34,000 kilomètres à pied s'appelle "Out of Eden Walk" ("Randonnée Hors de l'Eden"). Il la raconte par dépêches
Elles ressemblent à des jouets géants éparpillés dans les plaines désolées du Kazakhstan occidental: D'énormes sphères de pierre, certaines ayant la taille de ballons de plage, d'autres plus grandes que des voitures.
Elles s'accumulent par douzaines, centaines et milliers. Qu'elles soient rougeâtres, jaûne ochre, écru ou gris foncé, elles ont, au touché, la dureté du fer. Beaucoup sont si parfaitement rondes qu'elles semblent avoir été fabriquées par des machines.
Ces étranges formations s'appellent concrétions. Il y en a partout dans le monde: en Nouvelle Zélande, en Europe, et en Amérique du Nord entre autres. Mais aucunes sont comparables aux champs de concrétions rondes comme ceux de cette région isolée du Mangystau au Kazakhstan, séparée du monde par les remparts de montagnes dénudées, des salines à sec, et d'énormes plateaux d'herbe desséchée.
Les concrétions transforment toute randonnée à travers de cette région sauvage de l'Asie Centrale en un saga hanté, une expérience extra-terreste.
Les sphères apparaissent n'importe où, comme si elles étaient tombées du ciel. Elles sont perchées sur les collines, dissimulées dans les ravins, éparpillées sur les steppes comme des boules de billard colossales. On dirait des boulets de canon, des statues minimalistes comme on en trouve dans les endroits publiques de New York, des œufs préhistoriques. Parfois ces pierres son alignées en lignes zigzaguant pendant des kilomètres à travers les plaines.
Comment ces merveilles de géométrie naturelle sont formées est un mystère.
Dans le folklore Aday, ce pleuple pastoral qui domine les populations éthniques du Mangystau, les sphères représentent les corps d'une armée d'envahisseurs pétrifiés par un puissant chaman Aday.
Les scientifiques expliquent que les boules se sont formées pendant des millénaires quand des minéraux en solution se sont cimentés ensemble autour d'un nucléole ou noyau de débri, un galet, un fossil peut être, de la même manière qu'une huitre recouvre un grain de sable de nacre pour former une perle. (Cette partie du Kazakhstan est le fond d'une ancienne mer.)
Mais Gennady Tarasenko n'est pas d'accord.
Gennadiy Tarasenko says underground lightning strikes created the rock nodules strewn about the steppes.
Paul Salopek
Tarasenko, un géologiste gringalet d'Aktau, la capitale régionale pense que les concrétions sont formées par l'électricité dans l'écorce terreste. Sa théorie insiste que des décharges électriques engendrées par le volcanisme et le mouvement des plaques tectoniques voyagent sous terre pendant des kilomètres, et que ces "boules de feu de plasma" attirent et accumulent les mineraux.
"Les boules roulent entre les couches de roches," explique Tarasenko. "Ils sont comme des meules broyant la roche en farine."
L'hypothése de Tarasenko est compliquée, mais infiniment plus intrigante que l'expliquation plus conventionelle. Il suspecte aussi que la terre est vide au milieu. Dans son laboratoire de fortune à Aktau, une cabane de jardinier dans la cour de l'université locale, il se sert de pièces récupérées dans une centrale atomique de l'ère soviétique pour prouver ses idées. Il relie un fil de cuivre à une vieille dynamo - "le globe terreste est une dynamo!" dit-il - Il a relié son équipment à une prise de courant récemment et est parvenu à allumer un tout petit éclair bleu entre deux plaques d'acier. Il avait d'abord prévenu le guardien de l'université au cas où la démonstration fasse sauter le dijoncteur.
Là-bas dans les steppes du Mangystau, les concrétions surgissent comme des monolithes extra-terrestes
Certaines sont coupées en deux comme des oranges, d'autres sont accolées ensemble comme des caricatures de têtes, des organes sexuels de mammouths, toute une ménagerie fantaisie, et d'objets qui font penser.
Je marche parmi elles vers l'Uzbekistan. Je campe dans leur ombre ronde et bleutée. Parfois je m'arrête pour écouter des grondements souterrains - Les roulements à billes planétaires de Tarasenko en mouvement - Mais la seule chose que j'entends est le vent.
