Quand on marche à travers les continents pendant plusieurs années, on est sujet à des rites vieux comme le monde.
Vivant surtout dehors comme le faisaient les premiers explorateurs humains qui parcoururent la terre, je mesure mon existence par le soleil : par son angle vis à vis l'horizon, par sa chaleur qui donne la vie, par cette même chaleur qui tue. Je me mets en route à la bonne saison. Les déserts, je les traverse en hiver. Pour les montagnes, je dois attendre le printemps. Deux éléments universels sont toujours essentiels : l'eau et les gens. Comme je retrace les premiers chemins que nos ancêtres de l'âge de pierre ont emprunté à travers la planète pour le projet de l'Out of Eden Walk et ses histoires, il me semble que nos premières rencontres avec des étrangers — ces méfiants premiers contacts — sont les mêmes de nos jours en ce qui concerne les arrêts de police.
Depuis les premières foulées de ma randonnée en Éthiopie en 2013, j'ai géolocalisé mes rencontres avec les gendarmes le long de ma route.
Pourquoi : marquer les arrêts de police d'une randonnée mondiale peut éclairer, même si c'est d'une façon anecdotique, sur la définition de ce que représente un étranger de nos jours — un âge d'or pour les migrations, quand, plus que jamais, les gens sont en marche invonlontairement, ou par leur propre décision. Où nous voyageons est bien sur important. Mais où nous sommes arrêtés et pourquoi sont des éléments fondamentaux de notre trajet.
Click here to launch the Out of Eden Walk Police Stops map.
Notre carte des arrêts de police mise à jour montre qu' après 6 années de ma randonnée mondiale, j'ai été arrêté par toutes sortes de forces de l'ordre 103 fois exactement. Sur les 11 000 miles (17 600 kilomètres déjà parcourus, cela revient à plus ou moins un arrêt tous les 150 kilomètres. Pas trop mal. Il y a un ou deux siècles avant les voyages en masse, un étranger comme moi passant dans une région aurait provoqué une scrutinée plus intense. Mon chemin aurait sans doute été bloqué.
Allez donc voir les nouveaux arrêts que nos partenaires au Centre d'analyse géographique de l'université d'Harvard ont enregistré sur notre carte interactive.
La carte emploie des points en couleur pour représenter les arrêts de police : les bienveillants en vert, les contrôles en jaune, et les arrestations en rouge. Si vous cliquez sur le bouton de couleur, une courte description de l'arrêt de police, parfois accompagnée d'une photo, apparaîtra.
Along a few stretches of the trail through Pakistan, such as a region of Gilgit-Baltistan troubled by sectarian violence, authorities assigned armed escorts to Salopek and his local walking partners.
Paul Salopek
À mon premier arrêt de police dans la vallée du grand rift africain, la police éthiopienne a saisi mes deux chameaux porteurs de baggages, A'urta et Suma'atuli et les ont mis en fourrière dans une cour entourée de murs près de la prison. Les hommes de loi faisaient simplement leur boulot. Il y avait beaucoup de hors-la-loi sur cette frontière, et ils pensaient que les chameaux avaient été volés. Mon dernier arrêt dans l'Inde de l'Est souligne la triste et inexorable imbalance entre les piétons et les voitures dans notre monde motorisé. Le gendarme au poste de contrôle demanda à voir mes papiers. Mes compagnons de marche, Siddharth Agarwal et Pryanka Borpujari demandèrent à savoir pourquoi il ne demandait pas la même chose aux conducteurs de voiture. Le gendarme sourit et nous donna la permission de continuer.
Il est vrai que l'Inde rurale est un paradis pour les piétons.
Peut être parce que cet immense pays inspire encore une longue tradition de pélerinages à pied, et que des millions de pélerins progressent le long de beaucoup de routes et chemins, j'ai ma place parmi eux. Mes partenaires locaux et moi avons parcouru 3 000 miles (5 000 kilomètres) à pied à travers cette nation, et malgré tout nous n'avons été arrêtés que dix fois par la police. L'endroit le plus actif pour les arrêts de police a été l'Ouzbékistan (35). Au Kazakhstan, il n'y en a pas eu, mais sans doute à cause du fait que nous traversions un désert de steppes sauvages. Dans ces horizons lointains, un gendarme aurait été le bienvenu.
A spent bullet in the West Bank. Salopek and his local walking partner were stopped by both Israeli and Palestinian security forces.
Paul Salopek
