Paul Salopek marche à travers le monde suivant le chemin des premiers humains hors de l'Afrique à l'Age de Pierre. Son épopée s'appelle " Au-dehors de l'Eden" ("Out of Eden Walk"), et est racontée par dépêches.
Les chevaux ont été domestiqués au Kazakhstan en premier, vous diront la plupart des archéologues et tous les fiers Kazakhs.
Dans les steppes du Nord de ce vaste pays d'Asie Centrale, les scientifiques ont découvert des dents de chevaux de 5,500 ans avec les marques significatives laissées par des mors de métal. Les généticiens qui étudient le flux des gènes de ADN du cheval confirment que la domestication du cheval a commencé ici. Jusqu'à 90 pour cent des os découverts autour des villages des premiers cowboys - une ancienne culture d'éleveurs appelée Botai - venaient de chevaux apprivoisés. (Ils mangeaient leurs chevaux aussi, come les Kazakhs le font encore.)
A stylized horse engraved into a medieval gravestone. Mangystau, Kazakhstan.
Paul Salopek
Même aujourd'hui, le role du cheval dans l'iconographie du Kazakhstan moderne ne peut être éxagéré. "Le héro de la plupart des légendes Kazakhes est le batir, ou guerrier, sur son vaillant coursier qui rend service aux vieilles gents et protège le clan et son troupeau," écrit Martha Brill Olcott dans son livre 'Les Kazakhs'. En effet, les chevaux sont si bien estimés dans les mœurs pastoraux du Kazakhstan qu'une malédiction typique se traduit ainsi: "Que tu n'aies ni cheval ni chameau, et que tu ailles toujours à pied."
Comme moi, bien sur.
Je marche à travers 650 kilomètres de l'aride Kazakhstan Occidental, avançant lentement vers la Chine dans ma randonnée "Au-dehors de l'Eden", retraçant la première émigration hors de l'Afrique à l'Age de Pierre. Je cherche un animal pour porter mon équipement. Le candidat évident: Un de milliers de petits poneys vigoureux, trapus mais légendairement robustes et vaillants - le genre de monture qui amena la cavalerie Mongole aux portes de l'Europe, et même au-delà. Il m'en faut un pour porter mon eau et ma nourriture le long des anciennes routes de la Soie. Cela devrait être simple.
"Personne ne les utilise plus pour porter des marchandises" m'avertit Talgat Omarov, mon nouveau compagnon de marche qui tient une boucherie dans le port Caspien isolé d'Aktaou au Kazakhstan. (Talgat ne vend pas de viande chevaline -seulement du bœuf de mauvaise qualité.) "Tu sais, la plupart des gents d'ici n'ont jamais touché de cheval vivant."
Et c'est la vérité. Mes amis Kazakhs, tous citadins n'ont offert que des conseils absurdes. "Sert toi d'une carriole." (impossible dans les steppes cahoteuses.) "Achète un cheval à l'hippodrome." (les chevaux de course sont ombrageux et valent leur poids en Euros.) "Prends le train." (Tentant.)
Un éleveur de chevaux tanné par le vent, et aimablement contacté par un fonctionaire local restait perplexe. Un cheval plus ou moins sauvage proposé par un entrepreneur pétrolier se sauva comme un lièvre. Les semaines passèrent. Je devins anxieux. Jusquà ce que mon guide Omarov trouve Amanjan. Carré, avec de grosses mains, Amanjan portait la barbe teinte au henné d'un clerc islamique traditionnel, et écoutait des récitations du Coran sur YouTube sur son portable. Il admettait avoir un passé douteux et quelques avatars avec la police. ("c'est fini tout ça."dit-il) Mais les gens se déplaçaient prudemment autour de lui.
"On cherche," dit-il "et tu choisis."
On a cherché. Les chevaux galopaient dans l'herbage en troupeaux, tournant d'un coté, puis de l'autre, ressemblant à contrejour, à des bancs de poissons scintillants. Les bergers furent stupéfaits quand le musulman médieval, genre catcheur et l'Américain gringalet sautèrent de chaque côté du quatre-quatre. J'ai choisi. Et soudain tout s'est arrangé. Un groupe de couturières à l'atelier de Kamal à Aktaou expertes à coudre des blousons chics et des robes de mariée m'ont fabriqué des sacoches. Pour savoir comment faire, elles sont allées consulter les vieux oncles dans leurs villages. Ce périple mondial dont l'un des buts est d'enregistrer des modes de vie en déclin, est en train de les raviver.
The team of seamstresses at Kamal Atelier, in Aktau, toil on canvas saddle bags.
Paul Salopek
La semaine dernière, un camion a livré mon cheval, mon Bucéphale, ma Rossinante en ville. Ce n'était peut être pas nécessairement celui que j'avais choisi. Mais j'ai souri. J'étais prêt à partir.
