Paul Salopek marche sur la terre entière suivant les traces des premiers humains qui ont émigré de l'Afrique à l'Age de Pierre. Sa randonnée ininterrompue de 34,000 kilomètres "Au-dehors de l'Eden" (Out of Eden Walk) est racontée en dépêches.
Amir Khan est un sage diplomé.
Sur les murs de son bureau lumineux sont accrochés onze diplomes d'associations régionales et nationales de guérison par la foi. Ce bureau se trouve sur une grande propriété entourée d'un mur dans la banlieue d'Aktaou, une ville isolée du Kazakhstan Occidental. Sa maison, un gros manoir impressionant s'y trouve aussi, ainsi qu'une cour poussièreuse, une enfilade de salles d'examen, une grande cuisine, et une salle de douches. Une sorte de longue tente sert de salle d'attente pour 200 malades, entassés et tristes. Ce sont les patients de Monsieur Khan. Ils viennent en proie au désespoir, après un mauvais traitement, pour un mal chronique, ou sans espoir.
ils viennent, attirés par des rumeurs de miracles. L'espoir brille dans leurs yeux. Ils ont abandonné la médecine moderne
"Pendant l'été je vois parfois 2,000 personnes par jours," dit Khan avec un geste de dédain. C'est un homme volumineux avec le visage impassible des clairvoyants. Pour lui, guérir les gents est un simple devoir, une vocation. Les ancêtres lui sont apparus dans un rêve. Ils lui ont donné le pouvoir de déceler les maladies cachées dans le corps humain comme sur une radiographie. Il a commencé à guérir les gents. Sa réputation s'est répandue. C'est une histoire ancienne et souvent répétée.
"Je n'aide pas que les Kazakhs," dit-il "j'ai aussi guéri des malades de Grèce, de Chypre, du Niger, et du Vatican."
Cette vieille coutume du Kazakhstan, la guérison par la foi est en train de renaitre. Après avoir été réprimée comme une superstition sous la séculaire Union Soviétique, la coutume apparait comme un symbole de fierté culturelle et de nationalisme. Bien entendu presque tous les guérisseurs d'aujourd'hui sont Musulmans, l'Islam étant la religion du pays. Malgré tout, leur tradition est imprégnée de croyances qui précèdent de beaucoup leur conversion à l'Islam. Les nomades des steppes vénéraient la nature, comme adeptes du Tengrisme, une religion chamanique qui vénère la force éternelle du ciel bleu qui les surplombe, et leurs ancêtres défunts. Même la version Kazakhe de l'Islam est unorthodoxe, et prend racine dans les préceptes mystiques du Sufisme.
"Nous prions à nos ancêtres. Nous leur lisons le Coran" dit Khan. "Ils sont contents que nous gardons leur souvenir, et ils nous protègent.
Un ancien agent de sureté et douanier, Khan arpente la foule avec un micro. Il demande aux malades de se lever pour proclamer leur foi.
Une femme raconte comment Amir Khan l'a guérie de son mutisme et de ses saignements de nez. Une autre confirme que son cancer avancé et fatal est maintenant en rémission. ("J'ai massé ses veines" explique Khan.) Encore une autre femme, qui était paralysée peut maintenant marcher. (Elle a une entreprise prospère maintenant et voyage souvent en Turquie!) Khan me dit que la gratitude de ses fidèles ne fait que grandir. Il ne demande pas de payment, mais accepte les dons. Et les instructions de sortie des hôpitaux locaux préviennent les parents de nouveaux-nés contre la guérison par la foi, conseillant aux jeunes mamans de ne pas retarder les traitements modernes pour leur bébé.
La cérémonie en masse se passe de cette façon:
Les fidèles s'assemblent à un ancien tumulus funéraire, la nécropole du clan de Khan dans les plaines hors d'Aktau. Ils font un festin à une maison d'hôtes dans le soleil couchant. Ils s'alignent devant un un grand feu de joie. Ils se "lavent" cérémonieusement dans la fumée d'un feu de suif de mouton. Alors, Khan les bênit près de la tombe d'un ancêtre louable et vertueux. Il souffle dans leurs oreilles, sur leurs yeux et leur têtes. Un chauffeur le reconduit chez lui dans la nuit. Ses yeux sont fixés sur la route et la nuit. Il ne dit rien. Le maître se repose.
